Graffiti qui respirent

Graffiti qui respirent

Finiront-ils les jours des graffiti vus comme des actes de vandalisme, le cauchemar de toutes les administrations communales? De nos jours un nouveau phénomène conduit les street artists plus sensibles à s’interroger sur la soutenabilité de leurs propres actions et à chercher de nouveaux moyens expressifs à mineur impact environnemental.

Les sprays laissent la place à des matériaux et des supports biologiques pour aider la créativité sans endommager la nature: mousse, herbes, yogourt et sucre créent des œuvres d’art qui vivent, croissent et respirent.
La révolution verte de l’art urbain ne pouvait naître ailleurs que dans les deux métropoles occidentaux plus chaotiques, New York et Londres. C’est dans ces jungles de ciment qu’Edina Tokodi et Anna Garforth ont inauguré le phénomène des „moss graffiti”, de véritables îles de décompression urbaine, oasis de vert inattendu qui évoque le retour à la nature de l’Homme. Edina, graphic designer d’origine hongroise, est fondatrice du Mosstika Urban Greenery, collectif d’artistes écologiques de New York, qui se donne à la création de nouveaux scénarios de rencontres entre art et nature. Edina réalise des animaux et figures humaines en mousse, avec lesquels elle tapisse les rues de Williamsburg et Brooklyn. Ses installations site-specific demandent d’être touchées, flairées, senties, appellent à l’âme à des images et des atmosphères joueuses et réussissent d’engager émotivement le public.
Par contre, Anna Garforth a donné la vie au projet Mossenger, de Moss+Messenger, comme forme de communication immédiate et contemporaine. Avec un passé d’illustratrice, le parcours artistique de Anna explore l’art tipographique, en travaillant le mousse en caractères originales et en réalisant les œuvres graphiques en forme écrite sur les murs de East London. Anna transcrit les vers des poésies d’Eleanor Stevens dans les coins cachés et intimes de la ville, souvent des lieux inhabités qui retrouvent la vie avant d’être démolis. Ces installations invitent à s’éloigner des rhytmes frénétiques de la ville et à prendre son temps en attendant que le mousse croisse selon sa nature et laisse faire voir les poésies urbaines secrètes.
Même l’eau peut être une alternative valable aux vernis toxiques.  Il y a quelques années Alexandre Orion s’est introduit dans le tunnel à grande circulation Max Feffer de São Paulo, armé seulement d’un tissu et a nettoyé les traces du smog sur les murs, en dessinant une myriade de crânes pour montrer le niveau dramatique de la pollution.  De nos jours les „reverse graffiti” sont universellement reconnus comme un moyen efficace de communication pour les problèmes environnementaux: en faisant usage seulement de l’eau de pluie, des détersifs végétaux, des balais métalliques, et un hydronettoyeur, on peut réaliser des images et graphiques qui nettoyent la ville, au lieu de la polluer.
Le monde du marketing a immédiatement compris le potentiel de cette technique, rebaptisée „clean advertising”. L’agence de communication GreenGraffiti, née aux Pays-Bas, est sûrement un point de référence dans cette innovation. Les publicités imprimées sur les trottoirs et les murs permettent une épargne notable d’eau par rapport aux placards traditionnels en papier, et ont une vie naturellement limitée, réduisant ainsi l’impact sur l’air.

12 April, 2012