Un voyage au centre de la Terre

Un voyage au centre de la Terre

Les trois satellites européens de la constellation Swarm, fabriqués par l'industriel franco-allemand, Astrium, seront lancés cet été depuis la base russe de Plesetsk par une fusée Rockot.


Une fois déployés sur leur orbite définitive, à 530 kilomètres d'altitude pour l'un et à 460 kilomètres pour les deux autres, ces trois sondes identiques, en forme de guitare électrique, mesureront le champ magnétique terrestre avec une précision inégalée de 1 milliardième de tesla.

Généré par la rotation du noyau de fer niché au cœur de notre belle planète, ce phénomène physique joue un rôle indispensable de bouclier en détournant le flux de particules (ions, électrons) éjectées par le soleil, responsable des aurores boréales visibles près des pôles. Mais les effets de ce vent solaire sont particulièrement délétères. Sans cette précieuse magnétosphère, toute vie, à commencer par la nôtre, serait impossible sur Terre. D'où l'importance de la mission Swarm, financée par l'Agence spatiale européenne, à hauteur de 220 millions d'euros, lancement compris, dans le cadre de son programme Earth Explorer.


Pendant quatre ans, durée théorique de la mission, les cinq instruments scientifiques présents à bord, en particulier le magnétomètre ASM fourni par le Centre national d'études spatiales (Cnes) et le laboratoire d'électronique (Leti) du CEA, mesureront les variations d'intensité de ce champ magnétique protecteur. Ce qui permettra, le cas échéant, de diffuser des bulletins d'alerte prévenant de l'arrivée de rayons nocifs à la surface de la Terre.

Swarm aidera également à mieux comprendre l'incidence du Soleil sur les cycles météorologiques et le climat, et à mieux prévoir les orages magnétiques susceptibles de perturber les communications terrestres, d'endommager des satellites ou de porter atteinte à la santé des astronautes présents à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Les données fournies par Swarm contribueront enfin à améliorer la précision de la navigation pour le trafic aérien et mari­time.

Sur un plan plus fondamental, Swarm permettra d'étudier, depuis l'espace, la structure et les processus internes de notre planète, comme la composition du manteau ou le fonctionnement de la «dynamo terrestre» à l'origine du champ magnétique. «Cent cinquante ans après Jules Verne, nos trois satellites permettront aux scientifiques de réaliser un véritable Voyage au centre de la Terre », s'est félicité, Evert Dudok, le directeur de la division satellites d'Astrium, lors de la présentation de la mission.

Pour mener à bien toutes ces missions, il a fallu relever un énorme défi technique: «Les scientifiques veulent mesurer le champ magnétique de la Terre, pas celui des satellites», explique M. Dudok. Pour que ces derniers soient magnétiquement neutres, les ingénieurs de l'ESA et d'Astrium ont éliminé tous les matériaux susceptibles de s'aimanter, y compris les céramiques. «La structure est en fibre de carbone, l'antenne est déployable et les circuits électriques sont compensés», explique Yvon Menard, responsable du projet à l'ESA. Du grand art.

16 March, 2012