Le glacier des Bossons protège le sommet du Mont Blanc de l’érosion.

Le glacier des Bossons protège le sommet du Mont Blanc de l’érosion.

Les glaciers constituent l’un des agents érosifs qui modèlent la forme des montagnes. De nombreuses énigmes sont encore à résoudre car les processus impliqués dans l’érosion sous-glaciaire sont complexes et l’intensité de l’érosion glaciaire fluctue de plusieurs ordres de grandeur en fonction des caractéristiques des glaciers.

Dans le cadre de l’ANR ErdAlps, une étude de la provenance des sédiments transportés par le glacier des Bossons a été réalisée afin de quantifier l’érosion sous-glaciaire actuelle de la face nord du Mont-Blanc. Elle combine plusieurs approches. Les lignes de transport des sédiments ont été déduites du champs de vitesse du glacier, lui-même déterminé à partir de l’imagerie satellitaire grâce aux méthodes développées par le LISTIC, laboratoire de l’université de Savoie. L’extension des bassins versants des différents torrents sous-glaciaires a été estimée par des mesures hydrologiques couplées à des modélisations de la fonte du glacier, travail réalisé par le laboratoire Biogéosciences de l’université de Bourgogne. Les caractéristiques granulométriques et lithologiques des sédiments situés sur, sous ou au voisinage du glacier ainsi que dans les torrents sous-glaciaires ont été étudiées ; cette étude s’est poursuivie pour les fractions les plus fines (jusqu’à 80 µm) grâce à l’analyseur de forme et la datation U/Pb par ICP-MS couplé à l'ablation laser. Ces datations ont été effectuées au Laboratoire Magmas & Volcans, Université Blaise Pascal ; cette étude sédimentologique a permis à l’équipe de l’Institut des Sciences de la Terre de préciser l’origine des sédiments glaciaires.

La combinaison de toutes ces approches montrent que les unités métamorphiques, situées dans les parties  basses du versant nord du Mont-Blanc, fournissent la plus grande part des sédiments sous-glaciaires. Le granite du Mont Blanc, qui n’est présent que dans la partie supérieure du versant nord du Mont-Blanc, ne fournit que très peu de sédiments à la base du glacier alors que les falaises de granite sont à l’origine de la majorité des blocs tombés sur le glacier puis  transportés par celui-ci.

La quantification de l’érosion sous glaciaire a été réalisée à partir du flux sédimentaire mesuré dans l’un des torrents (torrent des Bossons) comparé aux différentes composantes du système glaciaire et géologique du versant nord du Mont-Blanc. Il s’avère que l’érosion sous la langue terminale du glacier est en moyenne proche de 0.5 mm/an alors que l’érosion sous la partie sommitale du glacier est au moins 16 fois plus faible que cette dernière valeur. Ce contraste est dû aux conditions thermiques à la base, avec dans la partie supérieure des températures bien inférieures à zéro degré et une glace adhérente au substratum alors que dans la partie inférieure la température est proche du point de fusion, ce qui permet un glissement du glacier.

Le sommet rocheux du Mont-Blanc, recouvert par une calotte de quelques dizaines de mètres de glace est ainsi préservé de l’érosion. L’ensemble de cette partie des Alpes étant affecté d’une surrection voisine de 0.5 mm/an, l’altitude du sommet rocheux du Mont-Blanc augmente actuellement alors que la base de son versant reste à une altitude presque constante.  Ces résultats, spécifiques de cette zone montagneuse et de la période récente, montrent la complexité de l’érosion glaciaire.

05 August, 2013